▲ CRÉER AVEC DES HABITANT·ES
[2026]
Chaque année, les affiches du BRASS sont créées dans une dynamique collective, elles naissent d’une co-création entre des habitant·es et une ou des artistes. Cette année, nous avons travaillé avec Charlotte Burgaud (une artiste aux talents multiples, championne du travail du bois et du métal mais pas que), elle aborde souvent la création par le prisme participatif et mène une réflexion (toujours teintée d’humour) sur l’espace public, sur les implications sociales et politiques de la manière dont les villes sont pensées / aménagées / utilisées.
Nous avons mené les ateliers à DoucheFLUX, un lieu où les personnes qui n’ont pas de chez soi peuvent venir prendre une douche, laver leur linge, déposer leurs affaires dans des casiers, avoir des rendez-vous médicaux pour être aidées dans leurs galères de santé (la liste des activités qui y sont organisées est longue). Ce lieu d’accueil de jour devient chaque matin une véritable fourmilière.
Le travail de co-création avec les personnes qui fréquentent DoucheFLUX s’est étalé entre mars et juin. Le point de départ de l’oeuvre collective était la question :
Quelle est ton Bruxelles idéal ? Qu’est-ce que tu rêves d’avoir dans l’espace public ? Imaginons une ville où il fait meilleur vivre !
On précise dès le début : Ouvre grand tes rêves (avec Charlotte, tous les fantasmes sont permis !)
Mars : 1er atelier, en mode collage. Parce que c’est ramadan, la fourmilière est encore assez calme. Mais avec Tarik, Muriel, Younes, Cédric, Nicolás, Walid, Micheline, plusieurs pistes s’affirment déjà : L’un rêve d’un ville qui serait couverte de jardins, les rues seraient envahies par de l’herbe, les arbres formeraient presque des forêts à chaque coin de rue. Jardins partout ! Tarik (qui ressemble comme 2 gouttes d’eau à l’auteur Romain Gary) concrétise fissa cette vision par la magie du photomontage. Et hop, la rue de Mérode se retrouve végétalisée à outrance (y trône un cactus 2D que nous retrouverons plus tard en volume).
Quelqu’un ajoute : « Il n’y aurait qu’à se baisser pour cueillir des fraises et lever le bras pour récolter des bananes. »
De ce dialogue autour d’un café et de biscuits, d’autres idées émergent : cette ville de rêve serait un espace de jeu, avec des ballons de foot, des buts, et de quoi occuper son temps par le sport. Au fil des discussions, encore des propositions et des velléités : la ville de nos fantasmes serait toujours illuminée par un soleil imperturbable qui brille dans le ciel belge. Dans cette ville on trouverait facilement de l’eau (piscines, bassins, mer), et on y rencontrerait la créature avec qui on veut partager sa vie. Yvette adore les frites, elle demande si c’est possible qu’on fabrique un cornet de frites géant. Évidemment. Il n’y a plus qu’à.
Dès le 2è atelier, Charlotte arrive à Doucheflux avec une fraise et une banane géantes : elle a bricolé une structure en papier mâché, imprimé des feuilles avec de la texture fraise et de peau de banane. Ensemble, en silence ou en faisant connaissance (ou en chantonnant), on découpe des morceaux de papier et on fixe le tout, petit à petit, à la colle à bois.
Certains habitué·es de DoucheFLUX ont disparu de la circulation. Il paraît que Mohamed et Youssef sont partis en Espagne car une grande campagne de régularisation de sans-papiers y a été annoncée ; et à Bruxelles, les contrôles de police sont de plus en plus violents.
Certaines personnes qui sont là n’ont pas dormi de la nuit ou sont occupés à régler des problèmes administratifs. D’autres s’approchent, (parfois un coton-tige dans l’oreille), curieux :
– « Qu’est-ce que vous faites ?
– Bah une banane géante ! Tu veux nous aider ? »
De cette manière, à chaque séance, des nouvelles personnes se colleront à la création collective d’objets géants, qui, l’air de rien, offre un moment de respiration ludique dans un quotidien jamais simple. Ces séances de bidouillage à plusieurs dizaines de mains donneront naissance, en l’espace de 2 mois, à une fraise, un cactus, un soleil prêt à illuminer la ville, une piscine, une queue de sirène, des ballons de foot, un cornet de frites.
En juin, Joseph, Muriel, Yvette, Tarik, Serena, Juliette et Violette nous retrouvent au BRASS. On regarde ensemble les photos de repérages dans les rues alentour, ils et elles choisissent là où iels ont envie de poser, et avec quel objet. Chacun·e s’empare d’un truc géant, on sort, et on improvise un studio photo tous les 300 mètres.
Muriel a envie de poser dans la colonnade de la gare du midi car c’est « le chemin de Rabah », décédé récemment, et connu par beaucoup de personnes qui dorment dans la rue pour avoir distribué pendant des années à boire et à manger aux alentours de la gare. Joseph demande de poser, brandissant le soleil, devant le tag « J’EXISTE. » (On n’aurait pas imaginé meilleure image pour envoyer balader l’invisibilité tenace des personnes précarisées). Quant à Yvette, elle est satisfaite, son paquet de frites est à la hauteur de ses attentes.
Épilogue : L’image de Muriel qui porte fermement son cactus sous le bras trône sur l’affiche du BRASS pour la rentrée de la saison 2026-2027.
Oeuvres de :
Alfred, Amine, Aya, Aziz, Ayoub, Azzedine, Charlotte, Cédric, Hamada, John, Joseph, Juliette, Micheline, Moadlafi, Mohamed, Mohamed, Mubarak, Muriel, Mustapha, Naïl, Nexhi, Nicolás, Ousmane, Ousmane, Rachid, Rayan, Rozenn, Samy, Serena, Sofian, Sofiane, Tarik, Thierry, Violette, Walid, Yvette, Younes
Un projet produit par le BRASS – Centre culturel de Forest, en collaboration avec DoucheFLUX.